Le mercredi 15 octobre 2025, les Strasbourgeois les plus chanceux ont eu l’opportunité de participer à la 11ᵉ édition du festival Bizz & Buzz.
Véritable référence du numérique en Alsace, Bizz & Buzz s’impose comme le rendez-vous incontournable des professionnels – qu’ils soient novices ou experts, désireux de partager leurs expériences et d’apprendre à tirer le meilleur parti des outils numériques dans leurs activités.
Résolument pratique et concret, le festival met à l’honneur les thématiques les plus actuelles du digital, portées par des intervenants qui en font leur quotidien. Une véritable source d’inspiration immédiate pour repenser vos projets et développer votre activité.
Dans cet article, nous reviendrons sur l’un des moments forts du festival : la conférence animée par Benjamin Mira et Joseph Montana, co-fondateurs de l’agence créative Ben & Jo, qui ont exploré le potentiel créatif de l’intelligence artificielle animé d’un beau prompt… Mais est-ce suffisant pour un résultat final satisfaisant?

Introduction : Quand la frénésie autour de l’Intelligence Artificielle (IA) rencontre la réalité créative
Commençons cet article avec quelques chiffres (c’est toujours motivant!) : le discours entourant l’intelligence artificielle dans les industries créatives oscille entre un enthousiasme démesuré et une anxiété silencieuse. Selon une étude menée par IPSOS (« L’usage de l’intelligence artificielle par les Français », février 2025)1, 39 % de la population française utilise l’intelligence artificielle générative (contre 22 % des utilisateurs de TikTok !). Chaque semaine voit apparaître un nouvel outil promettant de révolutionner le design, la photographie ou le marketing, alimentant ainsi une idée reçue : maîtriser l’IA reviendrait simplement à maîtriser « l’art du prompt ». Il suffirait, pense-t-on, de rédiger la phrase parfaite pour que la machine fasse le reste.
Mais réfléchissons un instant… et si cette idée était totalement erronée ?
Ben & Jo — Benjamin Mira et Joseph Montana, directeurs de l’agence créative éponyme basée à Strasbourg, furent eux-mêmes des sceptiques de l’IA. Leur frustration initiale, partagée par de nombreux créatifs, était que les outils « ne traduisaient jamais vraiment l’idée que nous avions en tête ». Ils ont alors entrepris une quête approfondie : exécuter plus de 200 000 prompts dans le but de « réduire autant que possible le delta entre nous et l’outil ». À travers cette expérimentation acharnée, ils ont transformé leur frustration en véritable maîtrise.
Cet article résume leurs constats les plus surprenants et les plus concrets. Oubliez le mythe du prompt magique. Nous allons examiner comment l’IA transforme réellement le travail créatif en éliminant l’inertie opérationnelle, pourquoi le prompt ne représente que 30 % du travail, et en quoi un flux de travail multi-outils (et non une application unique) constitue la clé pour obtenir des résultats de niveau professionnel.

Les débuts de Ben & Jo et leur bataille avec l’intelligence artificielle
Il y a neuf ans, lorsque Ben et Jo terminèrent leurs études et se lancèrent dans leurs premiers projets professionnels, ils partageaient une vision simple mais puissante : la créativité devait être accessible à tous, quelle que soit la taille ou les ressources d’une entreprise. Animés par cette conviction, ils fondèrent Ben&Jo, une agence créative dédiée à la croissance des entreprises par l’innovation et le design. Aujourd’hui, Ben&Jo collabore avec plus de 200 entreprises, des grands groupes aux commerces locaux, en offrant un accompagnement créatif sur mesure.
À leurs débuts, l’intelligence artificielle était loin d’être au cœur des discussions créatives. Elle n’était tout simplement pas assez avancée pour être considérée comme un véritable outil de conception. Cependant, au cours des dernières années, l’IA a évolué d’un concept abstrait à une force motrice de la transformation numérique. Peu imaginaient alors son potentiel créatif. Avec l’émergence des modèles génératifs, des séries GPT d’OpenAI aux moteurs d’image de Midjourney, les possibilités sont devenues indéniablement enthousiasmantes.


Mais cette avancée technologique a également suscité un débat mondial : l’usage intensif de l’IA est-il éthique ? Risque-t-il d’amplifier la désinformation dans un monde numérique déjà saturé ? Et surtout, menace-t-il la créativité humaine ?
L’IA ne tue pas la créativité, elle tue l’inertie
Pour Ben et Jo, ces interrogations n’ont pas constitué un frein, mais un catalyseur. Ils en ont tiré une conviction : l’IA ne tue pas la créativité, elle tue l’inertie.
Ce changement philosophique profond s’enracine dans la mission fondatrice de leur agence : aider « les petits projets, les entrepreneurs locaux qui n’avaient pas beaucoup de moyens mais de grandes ambitions ». L’impact majeur de l’IA ne réside pas dans sa capacité à remplacer les idées humaines, mais dans sa puissance à abolir les contraintes traditionnelles qui freinent leur concrétisation.
L’IA agit ainsi comme un levier redoutablement efficace contre ces freins. En permettant la production de contenus de haute qualité plus rapidement et à moindre coût (frais de tournage, cachets de mannequins, location de matériel, etc.), elle libère des ressources précieuses. Les équipes peuvent alors se concentrer sur des projets plus ambitieux et innovants, autrefois jugés trop coûteux ou chronophages — éliminant ainsi l’inertie qui empêche les bonnes idées de prendre forme.
Le Prompt, ce n’est que 30 % du job : pourquoi la vraie magie de l’IA se joue dans le workflow
Oubliez le mythe du « prompt parfait ». Après avoir testé plus de 200 000 prompts, Ben & Jo, les deux cerveaux de l’agence créative strasbourgeoise du même nom, ont tiré une conclusion déconcertante. Le texte du prompt ne pèse que 30 % du résultat final.
Autrement dit, la petite phrase qu’on entre dans ChatGPT ou Midjourney n’est que la mise en bouche d’un processus bien plus riche et stratégique.
“Le prompt, c’est l’artère principale. Mais ce sont les 70 % restants – le workflow – qui font battre le cœur du projet.”
Ces 70 %, ce sont les choix d’outils, la manière de les enchaîner, de les combiner et de les détourner pour transformer une idée brute en création aboutie. Car le vrai talent ne réside pas dans la commande initiale, mais dans la capacité à orchestrer les outils entre eux, à la manière d’un chef d’orchestre devant une symphonie numérique.
Aucune IA n’est toute-puissante : l’importance du flux de travail
Contrairement à une idée largement répandue, il n’existe pas d’IA universelle capable de tout faire parfaitement. La clé du succès réside dans la création d’une plateforme multi-outils, où chaque technologie est utilisée pour ses points forts spécifiques.
C’est précisément ce qu’ont développé Ben & Jo à travers un workflow combinant plusieurs modèles d’IA :
- Midjourney : considéré comme le « numéro 1 » pour la génération d’images pures. Sa force réside dans sa capacité de stylisation et la qualité artistique de ses rendus. Sa faiblesse : des bugs visuels fréquents (mains déformées, artefacts, incohérences). Il a aussi du mal à suivre des prompts complexes.
- Gemini (alias “Nano Banana”) : sa spécialité est la fidélité au prompt. Il suit des instructions multi-étapes avec une précision remarquable. Pour tester cela, Ben & Jo ont testé ce prompt : « une sphère portant une pyramide, portant un cube, portant une autre sphère ». Gemini réussit là où Midjourney échoue. Ils l’utilisent d’ailleurs soit pour corriger les erreurs de composition de Midjourney, soit pour générer une base structurelle parfaite avant d’y appliquer un style via Midjourney.
- Magnific : identifié comme le meilleur « upscaler » du marché. Il ajoute une finition professionnelle : textures réalistes, netteté accrue, détails vivants. L’une de leurs images de démonstration, présentée comme issue de Midjourney, avait en réalité été sublimée par Magnific.
- ChatGPT : bien que jugé peu intéressant pour la création d’images, il se révèle essentiel dans la structuration du prompt. Possibilité de l’utiliser pour créer des GPT personnalisés. Ainsi, il suffit de décrire une scène, et le GPT génère un prompt optimal pour Midjourney. Toutefois, ils insistent : savoir construire un prompt soi-même reste indispensable pour évaluer et ajuster les résultats.
Ce système de collaboration entre outils illustre une idée simple : l’intelligence artificielle n’est efficace que lorsqu’elle est orchestrée par une intelligence humaine capable de penser à la stratégie.
Le Stradivarius de l’IA générative : l’outil ne fait pas l’artiste
Pour eux, la créativité à l’ère de l’IA, c’est comme jouer d’un Stradivarius.
Donnez un violon d’exception à un débutant, il grincera. Confiez-le à un virtuose sans émotion, il sonnera juste mais sans âme.
Avec l’IA, c’est pareil : la technologie ne remplace pas la sensibilité humaine. Elle la prolonge.
Les modèles d’IA, aussi performants soient-ils, ne peuvent produire des résultats réellement expressifs sans la direction créative de l’utilisateur.
“L’IA générative ne remplace pas la créativité humaine. Elle redéfinit le rôle de ceux qui savent l’utiliser.”
À vous de gérer vos médias avec l’IA générative !
La maîtrise de l’IA, c’est donc un mélange d’expertise technique et d’instinct artistique. Ce n’est pas obéir à l’outil, mais le mettre au service d’une vision.
Le message clé des professionnels ayant dépassé la phase de fascination est clair : maîtriser l’IA dans la création, ce n’est pas trouver le prompt parfait, mais concevoir un flux de travail stratégique, comprendre les forces uniques de chaque outil et associer leur puissance computationnelle à une artisticité humaine irremplaçable. L’IA offre aux créatifs et aux marketeurs une longueur d’avance en supprimant les contraintes traditionnelles de temps, de budget et de logistique. C’est un instrument d’un potentiel immense — encore faut-il un artiste pour en jouer. Vous avez désormais deux choix : attendre que d’autres maîtrisent ces outils et vous dépassent, ou commencer dès maintenant.
Mots finaux
Un grand merci à Jessie, Mélodie, et à l’EM Strasbourg pour m’avoir offert l’opportunité de partager mon expérience de cette conférence. Et bien sûr, cet article n’existerait pas si ce n’était pour la merveilleuse équipe de Bizz&Buzz et leur organisation sur mesure. Finalement, merci à Ben et Jo pour cette conférence si inspirante!
J’espère que cette lecture vous aura permis d’enrichir vos connaissances et d’aiguiser votre curiosité. Continuez à faire rayonner votre “buzz” ! Ciao…

- Ipsos-CESI École d’ingénieurs, « L’usage de l’intelligence artificielle par les Français ». Février 2025 ↩︎
